Aujourd’hui j’ai lu…

… La Prophétie des pierres de Flavia Bujor.

Je n’ai pas lu la quatrième de couverture au complet lorsque j’ai choisi ce livre dans un vieux dépôt vente. J’aurais dû. J’aurais alors appris ce que j’ai soupçonné dès les deux premières pages : « mais c’est écrit par une gamine de douze ans ». Mettez un point d’interrogation après cette phrase et vous aurez mon ressenti après deux pages. Et en effet, Flavia Bujor avait douze ans quand elle a écrit ce roman. De ce point de vue, l’écriture (devrais-je dire la traduction ? ah bah non, il est écrit en français) est prometteuse. On sent que l’auteur est riche d’expérience, de ressentis, qu’elle les traduit parfois avec une maturité qui dépasse largement celle d’un enfant de son âge. Mais les descriptions méthodiques de chacun des personnages me hérissent le poil. Tout en sachant que c’est ce que je faisais moi-même au début.

J’ai tout de même lu le livre au complet. Il est charmant pour un jeune auteur, prometteur. Avec un certain pincement au coeur, j’ai constaté que cette auteur n’avait jamais rien écrit de plus. Son roman, traduit en 23 langues (on traduit vraiment de ces daubes…), est le seul de sa composition.

Au départ, je me suis dit que la narration souffrait manifestement d’une dir-lit [ ndlr : direction littéraire] trop adulte. Mais après avoir lu la biographie de l’auteur (entre autre, ce que Wikipédia veut bien nous en dire), elle a surtout souffert de parents un peu trop présents dans la rédaction. On sent bien les lacunes de l’âge de la demoiselle : des ficelles narratives inutilisées, d’autres surexploitées et inutiles, un schéma narratif trop plaqué, des émotions incohérentes, des scènes trop rapides et donc saccadées, de l’action qui se situe mal dans l’espace. Bref, ce roman a été publié parce que l’auteur avait 12 ans, et en ce sens, l’éditeur n’a pas mené la correction littéraire bien loin à dessein, mais c’est ce qui fait à la fois la faiblesse du roman et son charme.

Je n’irais pas jusqu’à dire que La Prophétie des pierres est un mauvais livre. J’ai lu pire. C’est un roman qui se lit avec une relative facilité, au contraire, mais ne perdez pas trop votre temps.

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Kushiel – Tome 1 : La Marque, Jacqueline Carey

Mardi dernier, retour à la bibliothèque. Après y avoir emprunté L’âge des cinq de Trudi Canavan et ne pas l’avoir lu jusqu’au bout faute de temps à consacrer à la lecture, j’ai tenté de me replonger dans un roman pigé sur les étagères bien garnies de ma bibliothèque. Pour une fois, je ne suis pas déçue de la collection : beaucoup de science-fiction, beaucoup de fantasy. De quoi faire mon bonheur. Enfin presque, faut pas QUE exagérer quand même. J’ai donc emprunté le premier tome de la trilogie Kushiel, rédigé par Jacqueline Carey.

Présentation de l’auteur :

Américaine née en 1964, Jacqueline Carey a étudié dans l’Illinois où elle a obtenu un Baccalauréat en Littérature et Psychologie (B.A.). Lors d’un programme d’échange, elle travaille à Londres dans une petite librairie et décide à ce moment là qu’elle veut devenir écrivain. Kushiel – La Marque est son premier roman, publié en 2001 et traduit en français en 2008. Le roman obtient le prix Locus en 2002.

Résumé :

À première vue, synopsis intéressant : une enfant vendue par sa mère, éduquée par un noble, elle devient courtisane et espionne grâce à ses soins. Bon, soit. Qu’en est-il en réalité ? La Marque appartient à une trilogie, que complète les deux romans L’Élue et L’Avatar. La série Kushiel se compose également d’une autre trilogie, basée sur le personnage d’Imriel. Mais ça, c’est un autre débat.

La Marque donc. Vendue à la Cour de la Nuit, Phèdre – notez le nom et ricanez – est formée dans le but d’appartenir à l’une des treize maisons du plaisir qui composent la-dite cour. Chaque maison propose sa propre version des plaisirs. Vous avez bien compris. Donc, je récapitule : gentilles caresses, amours passionnelles, sado-maso. Bon. Or, cette douce enfant a un défaut : un point rouge dans son oeil droit. Une tare impossible à ignorer pour les dirigeants de la Cour de la Nuit, ce qui menace gravement l’avenir de Phèdre. Pourtant, un homme la sauvera de la perdition : Anafiel Delaunay. Il la forme à un nouveau rôle : celui d’espion sexuel. Séduire les hommes, assouvir leurs désirs les plus inavouables (sado-masochisme) pour mieux leur tirer des informations. Et ces informations sont des secrets parfois terribles menaçant la sécurité du pays.

Critique :

Premier chapitre, premières fausses notes : beaucoup trop d’informations, un chapitre destiné à planter le décor qui donne avant l’heure des données socio-politiques dont le lecteur n’a cure. Un narrateur très bavard qui nous dévoile à l’avance une tonne d’informations, ce qui le pousse à d’inutiles digressions. Bref, j’ai eu beaucoup de mal à ne pas décrocher dès le premier chapitre.

J’en suis donc au chapitre 18 (sur 96, ce n’est ni plus ni moins qu’une brique, voire un annuaire, doté de surcroit d’une écriture très dense et compacte). L’héroïne a déjà été vendue – en quelques lignes –, a été formée – en quelques chapitres tout au plus –, et se trouve déjà être une courtisane et espionne de renom. Jusqu’à présent, l’héroïne est passée de 4 à 16 ans. En guise d’histoire, s’il y en a bien une, nous avons un récit noyé sous les considérations socio-politiques. Et l’on s’y perd ! Beaucoup trop de personnages, beaucoup trop de blabla. Je ne suis pas pour le nivellement par le bas en général. Et j’aime les histoires complexes. Mais il me semble que celle-ci l’est inutilement et qu’elle gagnerait à se simplifier.

Autre critique, et non la moindre : le fond de l’histoire. On a beaucoup écrit sur le thème des courtisanes, pas toujours de manière originale d’ailleurs, mais il y a des originalités auxquelles on s’adonne qui peuvent être dangereuses. J’ai donc trouvé très désagréable de me trouver confronter à une héroïne sado-masochiste dont on me raconte les plaisirs déviants avec juste ce qu’il faut de détails pour laisser entendre de quoi on parle, mais pas assez parce que quand même, la pudeur… ! Et cette pudeur est un véritable obstacle !! On nous bassine avec le fait qu’elle soit sado-masochiste, et on passe en deux lignes les scènes clé.

Il y avait un potentiel superbe dans cette histoire. Le personnage d’une courtisane séduisante et consciente de son pouvoir de séduction aurait pu être très bien développé pour ensorceler à la fois les autres personnages et les lecteurs. Au lieu de quoi, on baigne dans une intrigue trop complexe, auprès d’un personnage / un narrateur trop bavard qui ne nous séduit pas vraiment et pour lequel on n’a aucune empathie. Dommage donc.

Peut-être que la suite de l’histoire m’apportera une surprise (si je continue ma lecture), mais pour le moment, c’est mal parti.