Aujourd’hui j’ai vu…

… l’intégrale de la série Orphan Black, de Graeme Manson et John Fawcett. Une surprise, et une excellente qui plus est. L’histoire de base est assez simple. Sans être clichée, elle reste sur un thème classique, celui du clonage. Mais elle aborde également des sujets très complexes avec talent : l’usurpation d’identité, l’adoption, la quête identitaire, la drogue, la pauvreté, la maladie, l’infertilité, le suicide, la maternité.

L’histoire s’anime autour de ces thèmes par le biais d’une kyrielle de femmes. Sarah, le personnage principal, fuit son passé, jonché de magouilles, de petits amis violents et antipathiques et d’une estime de soi minable. Elle rentre à Toronto, retrouvé sa famille adoptive. Sur le quai de la gare, elle se rencontre. Une femme qui lui ressemble en tout point se suicide sous ses yeux. Bouleversée par cette apparition autant que par la mort, Sarah usurpe l’identité de son sosie, pour découvrir qu’il s’agit en réalité d’un clone. Et qu’il ne s’agit pas du seul. Les  clones, tous joués par Tatiana Maslany, sont si parfaitement interprétés qu’on a du mal à réaliser qu’il s’agit d’une seule et même actrice. Maslany est une actrice hors paire. Si les costumes et les coiffures y sont pour beaucoup, cela n’enlève rien à ses expressions, au travail de voix qui est exécuté. Un talent que je découvre avec beaucoup de bonheur.

Les clones masculins sont un peu plus interchangeables, mais l’ensemble reste très convainquant, les émotions sont pertinentes. Quant à la série, elle ne s’essouffle pas avant la saison 4. On devine que la fin de la saison 3 rencontre une impasse et si j’ai englouti les trois premières saisons d’un seul coup, j’ai attendu avant de lancer la 4e, qui ne rencontre pas la même fougue que les trois précédentes. La fin de la cinquième et dernière saison est un peu bâclée à mon sens : le personnage principal perd de sa superbe, au profit des autres, laissé un temps dans l’ombre. Si cette manipulation le rend plus humain, elle est également mal agencée et aurait pu être faite de manière plus intelligente.

Sur fond d’intrigue policière et scientifique, Orphan Black est malgré tout très bien menée. Elle laisse en suspens des questions bien menées qui, après 5 saisons, commençaient peut-être à s’essouffler un peu et commençaient à tourner en rond. Les réalisateurs ont su s’arrêter à temps. Je suis tout à fait enchantée par cette série, l’une des meilleures que j’ai vues dernièrement. Un petit bijou à découvrir. Prévoyez vos mouchoirs pour la dernière saison.

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Aujourd’hui j’ai lu…

… La Prophétie des pierres de Flavia Bujor.

Je n’ai pas lu la quatrième de couverture au complet lorsque j’ai choisi ce livre dans un vieux dépôt vente. J’aurais dû. J’aurais alors appris ce que j’ai soupçonné dès les deux premières pages : « mais c’est écrit par une gamine de douze ans ». Mettez un point d’interrogation après cette phrase et vous aurez mon ressenti après deux pages. Et en effet, Flavia Bujor avait douze ans quand elle a écrit ce roman. De ce point de vue, l’écriture (devrais-je dire la traduction ? ah bah non, il est écrit en français) est prometteuse. On sent que l’auteur est riche d’expérience, de ressentis, qu’elle les traduit parfois avec une maturité qui dépasse largement celle d’un enfant de son âge. Mais les descriptions méthodiques de chacun des personnages me hérissent le poil. Tout en sachant que c’est ce que je faisais moi-même au début.

J’ai tout de même lu le livre au complet. Il est charmant pour un jeune auteur, prometteur. Avec un certain pincement au coeur, j’ai constaté que cette auteur n’avait jamais rien écrit de plus. Son roman, traduit en 23 langues (on traduit vraiment de ces daubes…), est le seul de sa composition.

Au départ, je me suis dit que la narration souffrait manifestement d’une dir-lit [ ndlr : direction littéraire] trop adulte. Mais après avoir lu la biographie de l’auteur (entre autre, ce que Wikipédia veut bien nous en dire), elle a surtout souffert de parents un peu trop présents dans la rédaction. On sent bien les lacunes de l’âge de la demoiselle : des ficelles narratives inutilisées, d’autres surexploitées et inutiles, un schéma narratif trop plaqué, des émotions incohérentes, des scènes trop rapides et donc saccadées, de l’action qui se situe mal dans l’espace. Bref, ce roman a été publié parce que l’auteur avait 12 ans, et en ce sens, l’éditeur n’a pas mené la correction littéraire bien loin à dessein, mais c’est ce qui fait à la fois la faiblesse du roman et son charme.

Je n’irais pas jusqu’à dire que La Prophétie des pierres est un mauvais livre. J’ai lu pire. C’est un roman qui se lit avec une relative facilité, au contraire, mais ne perdez pas trop votre temps.