Affaire d’État et de vestiaire

De mon temps à moi, les enfants de tous sexes faisaient du nudisme sur les plages jusqu’à 5 ou 6 ans sans qu’on crie à la pédophilie ou à l’attentat à la pudeur, les jeunes filles et femmes se retenaient à peine d’en faire autant et sortaient plus souvent qu’à leur tour en monokini sans que d’autres femmes ne viennent leur casser la gueule, tandis que les grand-mères habillées comme un dimanche, parfois avec un fichu sur leur tête, venaient mettre le bout de leurs orteils dans le sable chaud sans que des hommes ne viennent leur gueuler dessus pour les défroquer. Et les trois âges cohabitaient sans se marcher sur les pieds.
De mon temps à moi, on n’avait que sa grand-mère, les voisins et l’église le dimanche pour dicter la décence de l’habit, mais tout le monde s’en foutait et être femme signifiait s’habiller comme on voulait sans avoir peur de se faire siffler ou huer par femmes ou hommes selon la tenue.
De mon temps à moi, la religion, c’était privé. Ce n’était ni l’affaire de l’état, ni du maire, ni des voisins. Et parce que c’était privé, on la vivait chez soi ou en communauté privée. Nul n’avait besoin de faire de l’excès de zèle ou de s’afficher outrageusement comme croyant.
 
Aujourd’hui, je vois de partout des gens qui veulent interdire le burkini au nom d’un anti-radicalisme, au nom des droits de la femme, au nom de…
Je vois des gens qui veulent l’autoriser sous prétexte que … la liberté des droits de l’être humain… qui commencent par « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », donc chacun est libre de s’habiller comme il veut et non pas comme un état, un mari, un frère ou même une mère n’a a décidé pour lui ou elle.
 
Le problème, soulevé par des légions entières d’anti-islamistes, n’a jamais été le burkini. Ce vêtement n’est qu’un symbole, un symptôme. Symptôme du fait qu’à notre époque, il devient nécessaire de publiciser sa foi alors même que la religion devrait être privée. Pire, la foi devient une affaire d’État, un argument politique incisif, alors que tout État digne de ce nom se doit d’être laïc pour servir son peuple, qu’il soit voilé ou à poil. Comme tout symbole, le burkini est un étendard qui cache autre chose, une provocation qui déchaine les foules. Un vêtement qui prétend permettre aux femmes voilées de profiter d’une plage qu’elles ont boudée, faut-il le rappeler, pendant 2000 ans. Le problème n’est pas le vêtement. Il est ce qu’on en fait. Comme d’habitude.
Et de mon temps à moi, le burkini n’existait pas.
 
Mon temps à moi, c’était il y a à peine 25 ans… Pauvre monde. Pauvres femmes. Pauvre temps.
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