Journal de bord de Wiwy

Web is watching you (titre provisoire de mon futur roman) est la fusion de deux idées : un monde où tout le monde est connecté au web, où tout le monde a un profil internet. Sauf une héroïne, qui passe pour l’extra-terrestre du coin. La seconde idée était celle d’un monde de technologies extrêmes, où les technologies nous permettent d’entrer en concurrence au niveau du poids, des recyclages, etc. avec notre voisin ou la ville d’à côté. Un monde de consommation pire que le nôtre dans lequel notre incroyable esprit de lutte se manifeste autrement que par des guerres futiles.

 

J’avais une ébauche de monde, j’avais une ébauche de personnage. Mais ni la première, ni la seconde n’était crédible telle quelle. Il me fallait faire de l’ébauche un travail complet. L’héroïne est donc devenue un héros, à l’âge incertain. Je le voulais adulte, il est devenu adolescent pour cadrer à l’intrigue qui commençait à poindre. Je lui ai donné deux sœurs, des parents, un cadre de vie, un caractère. Bref, je l’ai rendu vivant. D’un film lui est né une petite amie, dont le physique m’est venu au hasard des rues de Montréal : une inconnue croisée deux fois dans la même journée.

Ayant donné à ces quatre premiers personnages un physique, un caractère, des goûts, une personnalité enfin, j’ai été en mesure de leur inventer un passé. De ce passé sont nés divers personnages : leurs parents, leurs amis et pourquoi pas leurs animaux de compagnie ? Autant d’éléments pour peupler l’intrigue et complexifier mes personnages principaux. Le caractère rebelle de mon héros, doublé de son attachement à sa famille et à sa campagne natale lui donnait l’occasion de se rebeller contre le monde technologique, l’ambition de sa sœur, au contraire, permettait à la jeune fille de s’adapter à son nouveau monde, etc. Sa naïveté la faisait tomber dans toutes sortes de pièges alors que son frère, mature et critique, s’élevait contre la manipulation.

Il fallait bien sûr personnifier leurs colères respectives, leurs rebellions mutuelles, leur trouver des ennemis, des obstacles pour nourrir une intrigue – que je n’avais d’ailleurs toujours pas. Je savais comment mes personnages principaux en venaient à quitter leur monde initial pour affronter la dure réalité du monde technologique, je savais comment chacun d’entre eux y réagirait, je savais quels personnages les aideraient ou, au contraire, leur mettraient des bâtons dans les roues (sans n’avoir fait plus qu’ébaucher les motivations de ces personnages secondaires), mais je ne savais pas encore ce que j’allais raconter, cela ne suffisait pas à faire une bonne histoire.

Pour corser le jeu, il fallait créer deux choses : un sous-monde et les motivations des « méchants », bref, des obstacles tangibles et raisonnés pour ralentir les personnages, lesquels avaient déjà, sinon un parcours défini, au moins un but. Le héros voulait rentrer chez lui, sa sœur voulait obtenir la gloire, lutte pour le premier, facilité pour la seconde. Cela étant déterminé, quels étaient les obstacles rencontrés et surtout pourquoi les rencontraient-ils ? N’ayant aucune idée de comment créer un méchant convainquant (ça a toujours été mon gros problème), j’ai d’abord travaillé sur le sous-monde, parce qu’il avait déjà commencé à se développer sans moi – c’est-à-dire sans que je n’en ai forcément conscience.

Par sous-monde, je n’entends pas environnement, temporalité (que j’avais déjà plus ou moins… ok, plutôt moins que plus d’ailleurs), mais plutôt relations mythiques entre les personnages. Ce sont ces influences, savamment utilisées, qui permettent au lecteur de reconnaître les personnages et de s’identifier à eux. Arachnée, le Petit Chaperon Rouge, Raiponce, Apollon et Artémis, entre autres, sont venus appuyer les personnalités de mes personnages, leur physique, les motivations de leurs actes à venir. Le choix des noms, également, les prédestinait à certaines actions, à certains rôles, parfois sans que je n’en ai conscience sur le moment.

Pour créer ensuite les méchants (pourquoi se contenter d’un seul), je me suis inspirée de ces noms, mais aussi de faits réels. Il ne suffisait pas, pour créer un méchant (ou plusieurs), d’en faire un être tout noir, dont la méchanceté et les actes sont gratuits. Il fallait trouver l’équilibre entre la haine du méchant et le but qu’il visait. Certe, il cherchait à anéantir le héros, mais pourquoi ? Quelles étaient ses motivations ? Quelles étaient sa personnalité, son passé ?

De ces questions – et surtout de leurs réponses – ont émergé des personnages complexes, aussi complexes, sinon plus, que le héros lui-même. Restait à doser, une fois n’est pas coutûme, les rapports entre eux. Le héros ne devait pas être passif, le méchant ne devait pas être trop puissant (sinon à quoi bon lire l’histoire du méchant ?). Je voulais cependant que le méchant soit le personnage phare de l’intrigue, à l’image de Dark Vador : celui par qui tout arrive, celui autour duquel tourne l’histoire, à cause duquel les protagonistes agissent et réagissent. Fa-ci-le ! Du moins pour ceux qui savent créer un bon méchant. C’était pas trop mon cas (ça ne l’est toujours pas).

Mais je n’avais toujours pas d’intrigue pour autant. Des bribes d’idées, des scènes, mais pas davantage. Je savais comment mes héros entraient dans l’action, comment les autres personnages y réagissaient, je savais ce qui arrivait à la fin, mais cela ne faisait pas une histoire, ou du moins, pas une histoire que j’aurais voulu lire d’une traîte. Faire évoluer mes personnages m’a semblé être une bonne idée, jouer avec eux, dans l’espoir que quelque chose en sortirait, en particulier avec les méchants. Les fameux méchants. Mais rien ne naissait, pas d’idée géniale en tout cas, juste des pistes, de nouvelles scènes, rien de concret. Plus le temps passait et plus je me disais qu’il n’y avait qu’une seule solution pour remédier à ce blocage : murir mon idée.

J’ai donc décidé de chercher une autre idée, faire comme Orson Scott Card le suggère dans son merveilleux ouvrage Comment écrire de la fantasy et de la science fiction (que je vous recommande chaleureusement soit dit en passant). J’ai ouvert mon dossier « Banque d’idées », dans lequel plus de soixante dossiers « ID de telle date » attendent que je travaille sur leur contenu depuis aussi longtemps que 2006, et j’ai fouillé… pour me rendre compte que je n’avais aucune idée de science-fiction. Uniquement de la fantasy ou du fantastique. Merveilleux (non, ceci n’est pas un jeu de mots foireux).

Ainsi, je me suis vu obligée de remiser Wiwy (Web is watching you, à défaut d’un titre plus adapté) dans un tiroir, et j’ai attendu. Et j’attends toujours…

 

À suivre donc…

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